NL

FR

▲ NAM-IP/Infos

NAM-IP Infos 2019/1 – Recherche
Stephen Hawking : les grandes questions

Très vite après son décès (14 mars 2018), sa fille Lucy et de nombreux amis du grand savant handicapé publient un petit recueil auquel il travaillait encore à l’heure de sa disparition. Les éditions Odile Jacob en ont publié immédiatement une traduction française parue en octobre 2018.

Stephen Hawking, Brèves réponses aux grandes questions, traduit de l’anglais par Tania de Loewe, Paris, Odile Jacob, 2018, 240 pages, ISBN: 978-2-7381-4567-3.

Des perles de sagesse! Je voudrais laisser parler ce grand humain dont l’esprit a montré que nous pouvions maîtriser les aspects matériels de notre existence et aider nos semblables à «réfléchir»!

0. Pourquoi faut-il poser les grandes questions?

«La majeure partie d’entre nous est tout à fait capable d’apprécier et de comprendre les idées essentielles à condition qu’elles soient présentées clairement et sans équations… Notre conception de l’Univers a considérablement changé au cours du dernier demi-siècle, et je serais heureux d’y avoir contribué… voir la Terre depuis l’espace, c’est se voir comme un tout. Voir l’unité et non les divisions. L’image est toute simple et le message évident: une planète, une humanité» (p. 30).

«Tous les lecteurs [d’Une Brève Histoire du Temps] ont au moins pris la mesure d’une des grandes questions de notre existence et saisi l’idée que nous vivons dans un univers gouverné par des lois que nous pouvons, grâce à la science, découvrir et comprendre… le fait que nous humains, qui sommes de simples assemblages de particules, en soyons venus à comprendre les lois qui nous gouvernent ainsi que notre Univers est un grand triomphe» (p. 43).

1. Dieu existe-t-il?

«Vous pouvez dire que ces lois sont l’œuvre de Dieu, mais il y a là davantage une définition de Dieu qu’une preuve de son existence» (p. 50).

«J’ai publié un livre qui posait la question d’un dieu créateur. Les gens trouvèrent scandaleux qu’un scientifique ait quelque chose à dire sur la religion. Mon but n’était pas de dire aux gens ce qu’ils doivent penser, mais, pour moi, la question de Dieu est une question scientifique. Après tout, il n’est guère de mystère plus important et fondamental que celui de savoir qui a créé et qui contrôle l’Univers» (p. 52) .

Et ici, Stephen Hawking évoque la théorie du Big-Bang qu’il confirme… mais sans jamais que le nom de Georges Lemaître n’apparaisse! Occasion de se poser également la question de savoir s’il connaissait l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin?

«Le grand secret au cœur du Big Bang est d’expliquer comment un gigantesque univers d’espace et d’énergie peut se matérialiser à partir de rien. Le secret se trouve dans l’une des plus étrange propriété du cosmos: les lois de la physique impliquent l’existence d’une 'énergie négative'» (p. 55).

Cette dernière affirmation serait à rapprocher de la théorie kabbaliste (juive) selon laquelle l’absolu divin a du se «contracter» (tsim-tsoum) pour donner naissance à l’univers créé caractérisé par ses limites et sa relativité!

2. Comment l’Univers a-t-il commencé? (p. 63-84)

«Le fait même que nous existions en tant qu’êtres capables de poser la question: pourquoi l’univers est-il tel qu’il est?, représente déjà une restriction quant au choix d’une histoire [Hawking parle ici des récits mythologiques de cosmogonie]. Il implique en effet que l’histoire de l’Univers fait partie de cette minorité d’histoires dans lesquelles sont apparues des étoiles et des galaxies. C’est un exemple de ce qu’on appelle le principe anthropique. Ce principe stipule que l’Univers doit être tel qu’il est, car sinon il n’y aurait personne pour l’observer.
…seules nous intéressent [les histoires] où la vie est susceptible de se développer. Et il ne s’agit pas nécessairement d’êtres humain; les petits hommes verts feraient aussi bien l’affaire. Et peut-être mieux que nous: l’humanité n’a pas un score remarquable en matière de comportement intelligent!»
(pp. 77-78).

« Il y a peut-être d’autres Univers. » (p. 82).

3. Y a-t-il de la vie intelligente ailleurs? (p. 85-104)

«Certains veulent réserver le terme évolution à la transmission interne du patrimoine génétique, et le refuser à sa transmission externe. Cela me semble être une vue trop étroite. Nous sommes bien d’avantage que des gènes. Peu importe que nous soyons plus forts ou plus intelligents que nos ancêtres des cavernes, ce qui nous distingue d’eux est le savoir que nous avons accumulé pendant les dix derniers milliers d’années, et particulièrement pendant les trois derniers siècles. Je pense qu’il faut avoir une vision plus vaste et inclure la transmission externe d’information à celle par l’ADN, comme moteur de l’évolution» (p. 96).

«Des lois interdiront l’ingénierie génétique sur les humains, mais certains ne résisteront pas à la tentation d’augmenter la taille de notre mémoire, notre résistance aux maladies ou notre durée de vie. L’apparition de ces 'hommes augmentés' posera de redoutables problèmes politiques de cohabitation avec des 'hommes non augmentés'. Il est probable que ces derniers disparaîtront inéluctablement et qu’apparaîtra une nouvelle espèce d’hommes capables de se modifier eux-mêmes à un rythme accéléré» (p. 99).

Faut-il rapprocher ces derniers propos des propositions d’« eugénisme raisonnable » prôné par Pierre Tielhard de Chardin ?

4. Peut-on prévoir l’avenir? (p. 105-115)

« En mécanique quantique, les particules n’ont pas de positions et de vitesses simultanément définies, mais elles sont représentées par des fonctions d’onde. Un nombre en chaque point de l’espace. L’amplitude de la fonction d’onde donne la probabilité de présence de la particule en ce lieu, et le taux de variation de la fonction d’un point à l’autre donne la vitesse de la particule. On peut avoir une fonction d’onde très intense, un pic, dans une toute petite région; cela implique que l’incertitude sur la position est très petite. Mais la fonction varie alors très rapidement à proximité du pic, de sorte que l’incertitude sur la vitesse sera très grande. De même on peut avoir des fonctions d’onde telles que l’incertitude sur la vitesse soit petite et sur la position, grande.

La fonction d’onde contient tout ce que l’on peut savoir d’une particule. Et si on la connaît à un moment donné, sa valeur à d’autres moments est déterminée par ce que l’on appelle l’équation de Schrödinger. Le déterminisme n’est donc pas mort, mais il n’est plus celui que Laplace envisageait. Au lieu de pouvoir prédire simultanément la position et la vitesse d’une particule, on peut prédire sa fonction d’onde. On ne peut donc prédire 'qu’à moitié' par rapport à la vision classique du XIXe siècle» (p. 113).

5. Qu’y a-t-il à l’intérieur d’un trou noir? (p. 114-136)

Les explications très techniques se terminent par

«Nous travaillons toujours sur cette question» (p.136).

6. Peut-on voyager dans le temps? (p. 137-154)

«… pour autant qu’on puisse en juger aujourd’hui, le voyage rapide dans l’espace-temps, ou le voyage dans le passé, ne sont pas impossibles… ils poseraient de redoutables problèmes de logique... » (p. 154).

7. Les terriens vont-ils survivre? (p. 155-171)

«Je ne dis pas que l’ingénierie génétique appliquée à l’homme soit une bonne chose, je dis qu’elle deviendra réalité dans les siècles à venir, que nous le voulions ou non. … L’humanité et son ADN vont se complexifier très rapidement.
De fait, l’homme doit améliorer ses qualités physiques et mentales s’il veut gérer la complexité du monde à venir et relever des défis comme l’aventure spatiale. Et il doit aussi se complexifier s’il veut maîtriser les systèmes électroniques. Aujourd’hui, les ordinateurs ont l’avantage de la vitesse, mais ils n’ont pas l’intelligence. Ce n’est guère surprenant car nos ordinateurs actuels sont moins complexes que le cerveau d’un ver de terre, espèce qui n’est pas réputée pour ses capacités intellectuelles. Mais les ordinateurs obéissent à la loi de Moore. Cette loi dit que leur vitesse et leur complexité doublent tous les dix-huit mois. Bien sûr, une telle croissance exponentielle ne peut continuer éternellement, et elle a d’ailleurs commencé à ralentir. Elle continuera cependant jusqu’à ce que les ordinateurs aient le même degré de complexité que le cerveau humain. Certains disent que les ordinateurs ne pourront jamais faire preuve d’intelligence, mais il me semble que si les molécules chimiques y sont parvenues, des circuits électroniques devraient aussi y parvenir. Et si des ordinateurs deviennent intelligents, ils seront capables de fabriquer des ordinateurs encore plus intelligents.
C’est pourquoi je ne crois pas à la vision d’un futur figé, qui ne progresserait plus. La complexité va inéluctablement augmenter, aussi bien en biologie qu’en électronique. Ce ne sera peut-être pas évident au cours du siècle prochain mais dans le millénaire à venir, si l’humanité va jusque là, le changement sera profond» (p. 170-171).

8. Faut-il coloniser l’espace? (p. 172-188)

«Je crois beaucoup à la conquête de l’espace. Je serais un des premiers à prendre mon billet. Dans un siècle, j’espère que nous pourrons aller n’importe où dans le Système solaire, sauf sur les planètes externes. Atteindre les étoiles proches prendra plus de temps. Disons cinq cents ans. Même avec de considérables progrès technologiques, le voyage prendra quelques dizaines d’années, voire plus» (p. 186).

9. Serons-nous dépassés par l’intelligence artificielle?
(p. 189-202)

«Si les ordinateurs continuent à obéir à la loi de Moore et à doubler leur vitesse et leur capacité de mémoire tous les dix-huit mois, ils dépasseront l’intelligence humaine dans le siècle à venir. Quand une intelligence artificielle (IA) parviendra mieux que l’homme à concevoir de l’intelligence artificielle, de sorte qu’elle pourra s’améliorer elle-même, elle nous surpassera de la même façon que notre intelligence surpasse celle des escargots. Nous avons tout intérêt, quand cela se produira, à nous assurer que les ordinateurs auront les mêmes buts que nous. Ce serait une erreur de croire que la machine intelligente n’est qu’un ingrédient de science-fiction, une très grande erreur» (p. 192).

«Les premières formes d’intelligence artificielle ont jusqu’à présent été fructueuses, mais je crains que les étapes suivantes soient moins inoffensives. Alors que les humains sont limités par la lenteur de l’évolution biologique, les machines vont devenir de plus en plus autonomes et se modifier elles-mêmes à un rythme sans cesse accéléré, finissant par surpasser l’homme dans nombre de ses attributions. Dans le futur, l’IA pourrait développer une volonté qui lui soit propre, et qui soit différente de nos intérêts humains. Certains croient que l’homme saura maîtriser les progrès de la machine, et que l’IA va résoudre beaucoup des problèmes de l’humanité. Bien que je sois un optimiste invétéré, je n’en suis pas si sûr» (p. 193-194).

L’intelligence est l’adaptation au changement. Chez l’homme elle résulte de l’action de la sélection naturelle, qui n’a cessé de choisir la meilleure adaptabilité au changement. Nous ne devons pas craindre le changement; nous devons l’utiliser à notre avantage. Pour créer un monde meilleur pour tous, nous avons tous un rôle à jouer en favorisant une approche scientifique des choses. Si nous voulons que l’IA nous soit bénéfique, nus devons acquérir les bases nécessaires. Il faut repousser les limites actuelles du savoir, et voir grand. Nous sommes au seuil d’un monde nouveau dont vous êtes les pionniers. Après avoir inventé le feu, nous avons fait beaucoup de bêtises avant d’inventer l’extincteur. Avec des technologies autrement plus puissantes comme les armes nucléaires, la biologie de synthèse et l’intelligence artificielle, nous devrions dès maintenant prévoir les dangers potentiels, afin de viser juste, car nous n’aurons pas d’autres occasions de le faire. Notre avenir sera une course entre la technologie et la sagesse. Assurons-nous que la sagesse gagnera» (p. 200-201).

10. Que nous réserve l’avenir ? (p. 203-213)

«Quelle invention, grande ou petite, voudriez-vous que l’humanité mette en œuvre?
Une grande idée: la fusion nucléaire. Sa mise au point donnerait à l’humanité une source quasi illimitée d’énergie propre, qui ne contribuerait pas au réchauffement climatique.
Une plus modeste: le passage à la voiture électrique» (p. 211).

«Rappelez-vous qu’il faut regarder les étoiles, pas vos pieds. Essayez de donner du sens à ce que vous voyez et de vous interroger sur l’existence de l’Univers. Soyez curieux. En toute circonstance, il y a toujours quelque chose à faire, et à réussir. N’abandonnez jamais. Faites confiance à votre imagination. Faites advenir le futur.» (p. 213).

 

Dans la Postface signée par Lucy Hawking et datée de juillet 2018, elle décrit bien l’attachant personnage que fut son père:

«Mon père n’a jamais abandonné, il n’a jamais refusé le combat. À 75 ans, complètement paralysé et à peine capable de bouger quelques muscles, il se levait tous les jours, s’habillait et allait au bureau. Il avait plein de choses à faire et ne s’arrêtait pas aux détails matériels» (p. 220).

 

Pour la pédagogie d’un musée de l’informatique qui voudrait éveiller aux besoins du futur, sur base de l’histoire des technologies qui ont mené à son développement, la maîtrise humaine de l’Intelligence Artificielle, semble bien être la vision prioritaire à développer!

R.-Ferdinand Poswick

NAM-IP sur Facebook