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NAM-IP Infos 2016/1 – Éditorial
Le coût du numérique - Le numérique… ne coûte rien? - Mensonge!

«Ce coût, lié à tant d'avantages, est rarement connu. Peu d'études ont exploré cet aspect combien important pour la prise de décision dans le domaine du numérique» (J.-F. Savard et H. Nkurunziza, L'évaluation du coût financier du numérique dans l'administration publique canadienne, Télescope, vol. 18, n° 1-2, 2012, p. 192).

Effectivement, l'étude très ciblée, de Savard et Nkurunziza est une des rares que l'on peut trouver en explorant le sujet dans Internet.

Un questionnement plus large vient sous la plume d'Olivier Desurmont, dans Agenda Plus, n° 268, juin 2015: «Internet et l'ensemble des nouvelles technologies consomment chaque année environ 10 % de la production mondiale d'électricité». Et il affirme qu'une heure de courriel voit défiler mondialement 10 milliards de messages qui consomment 50 Gigawatt, soit l'équivalent de la production de 15 centrales nucléaires pendant une heure ou de 4.000 tonnes de pétrole en une heure ou 4.000 aller-retour Bruxelles-New York en avion! Multipliez par 24, puis par 365, et vous avez une vague idée du poids économique d'une petite partie de l'utilisation des TIC sur la planète.

Ces TIC auraient totalisé 2,3 % des émissions globales de gaz à effet de serre, avec une augmentation annuelle de plus de 6 %!

Et l'usage des TIC ne semble pas avoir diminué, actuellement, la consommation de papier. Beaucoup des études parues sur le coût des nouvelles technologies numériques sont faites par des groupements d'éditeurs qui cherchent à se positionner dans le domaine du livre électronique et constatent que le produit électronique est complémentaire du produit imprimé et en soutien la diffusion. Mais l'investissement dans ce secteur ne semble pas permettre d'arrêter réellement l'érosion de la publication sous forme d'imprimé.

Il y a des remèdes «écologiques» simples et accessibles à tous, comme le fait de favoriser les ordinateurs portables conçu pour consommer moins; ou le fait d'éteindre tous les appareils électroniques quand on ne s'en sert pas (notamment la nuit). Mais c'est vers Jeremy Rifkin (La Troisième Révolution Industrielle, Paris, 2012) qu'il faut se tourner pour trouver la parade dynamique: profiter d'une mise en réseau de plus en plus généralisée pour utiliser le réseau non plus comme consommateur, mais comme producteur d'énergie électrique dans la mesure où chaque bâtiment, grâce à des panneaux photovoltaïques, peut devenir producteur d'énergie électrique!

Mais cette solution est actuellement bloquée par les lobbies du pétrole et de la finance, et donc également par les «distributeurs» d'énergie qui pourraient y perdre leurs monopoles exorbitants! Et cette solution demande également une assez large réorganisation des réseaux de distribution de l'énergie et de leur mode de rétribution. Il peut être intéressant de savoir, globalement, quels sont les postes qui coûtent pour ce domaine dans des budgets administratifs comme ceux étudiés par les auteurs canadiens cités ci-dessus. On y trouve:
a) les conseillers en technologie de l'information;
b) les ordinateurs et équipements d'ordinateurs;
c) les équipements informatiques et logiciels;
d) les autres services liés au numérique (matériels de transmission, services de transmission et de stockage, services audio-visuels, etc.).
Et, selon les administrations, ce sont les trois premiers qui coûtent le plus cher avec des variantes souvent liées aux renouvellement de matériels, d'infrastructures ou de contrats. Chacun peut adapter ces catégories à son budget professionnel ou personnel et tenter d'en faire un bilan.

Mais dire que le numérique ne coûte rien, c'est une contre-vérité. 

R.-Ferdinand Poswick,
Administrateur-délégué